Il est écrit … 

Danielle Ellul, enseignante à l’Institut Catholique de Toulouse, nous avait préparé, en ce samedi matin, une exploration des liens entre Ancien (AT) et Nouveau (NT) Testament.

J’ai retenu qu’on pouvait percevoir les liens AT-NT de 4 façons différentes :

  • Un rapport d’identité et de continuité,
  • La promesse qui se réalise
  • Le tronc et la greffe
  • La tendance à oublier l’Ancien Testament

La première  perception (identité et continuité) souligne une même foi au même Dieu, sans notion de progrès entre AT et NT : dans un environnement et un langage différents, l’accent est mis sur la continuité.
Par exemple, lorsqu’il nous est rapporté que Jésus se réfère au Pentateuque :

  • dans l’épisode de la tentation, il cite le Deutéronome,
  • dans son enseignement sur le divorce, il cite Genèse et Deutéronome,
  • au jeune homme riche il rappelle le sommaire de la loi.

La limite de cette approche est de négliger la nouveauté, la rupture que constitue le NT.

Dans la deuxième perception (la promesse qui se réalise), l’AT n’a de sens véritable qu’à travers Jésus. Les évangiles relisent les prophètes (Esaïe,..), les psaumes (110, 118,…) comme préfiguration de ce qui est en train de s’accomplir (= porté à sa plénitude). Jésus lui-même s’inscrit dans cette perspective (Luc 4.16-21).
Paul (Gal 3/11) sélectionne les citations qui appuient son argumentation (la foi prime sur la loi), en rupture avec la lecture littérale des écritures. Le risque de cette approche pour les chrétiens est de minimiser l’enracinement juif.

La troisième perception (le tronc et la greffe) est baignée de culture judéo-chrétienne. L’histoire de Jésus est racontée sur le modèle de l’Ancien Testament, comme dans Matthieu, Luc (récits de l’enfance) et Jacques. Les citations sont intégrées au texte (en italique dans certaines bibles).
Dans l’apocalypse de Marc (13) le ton prophétique fait littéralement écho à Esaïe. Il y a risque d’enfermement dans cette approche : elle parle à ceux qui sont « dans le cercle », mais très peu à ceux qui sont « hors du cercle ».

Le quatrième type de lien (la tendance à oublier l’Ancien Testament) est carrément plus distant. On en trouve les prémices dans Luc 24 : aucune citation, mais relecture christologique de l’AT, comme s’il était révolu. Marcion ira plus loin en opposant AT (justice, punition) et NT(amour, pardon).
Ainsi le IIéme siècle verra apparaître des relectures allégoriques de l’AT, y cherchant un sens caché, presque ésotérique, et s’autorisant quelques dérives.

Le travail en petits groupes consistait à repérer chez Matthieu les différentes façon de citer l’AT (afin que se réalise…, il est écrit…, n’avez-vous pas lu…, vous avez entendu que…) pour établir des liens AT-NT, et déceler les intentions de l’auteur.
Un zoom tout particulier sur Matthieu 2/6 nous a fait découvrir les subtilités d’une citation corrigée (Bethléem-la-petite devient Bethléem-la-grande) et d’une citation double, enrichissant le sens du mot « chef » : celui qui commande / celui qui conduit, celui qui protège / celui qui responsabilise, le légitime / le reconnu, autant de perceptions qui sont toujours d’actualité.
La synthèse de la matinée, très interactive, permettait à chacun de partager ses découvertes du jour, à la fois avec l’intervenante et les autres participants.
Le repas pris en commun ponctuait agréablement cette demi-journée, comme à l’accoutumée.

Le samedi théologique, c’est trois fois dans l'année au Hâ32 (consulter le programme) ; on y trouve toujours un intervenant de qualité, des habitués et des nouveaux, du texte, de la parole et de l’écoute, bref, de quoi se nourrir en abondance.
Vous avez compris : je suis fan.


Xavier Garderet

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