Sujet du mois de janvier 2007

Catholiques et protestants qu'avons-nous encore à nous dire ?

Quelques réflexions issues de la commission théologique du Conseil Presbytéral


Les débats, pour ne pas dire les affrontements, ont duré près de 450 ans, sans guère de rapprochements. Depuis une cinquantaine d'années, on est passé au dialogue. A peu près tous les domaines dans lesquels les différences existent ont été abordés. Le Groupe des Dombes, par exemple, a étudié les ministères locaux, épiscopaux et universels, les sacrements, l'autorité, la place de Marie,… mais sans répercussions majeures. Il est vrai qu'un accord a été signé entre catholiques et luthériens sur la justification… mais on a l'impression maintenant de piétiner. Il semble qu'on se soit tout dit.

Qu'en est-il ? Tout dépend en fait des objectifs que l'on se donne en débattant. Il est clair que, si l'on vise un accord parfait, une unanimité absolue entre les chrétiens héritiers de traditions différentes, ou l'absorption de toutes les Églises par la plus grande ou celle qui est la plus proche de la vérité, le dialogue ne peut déboucher sur rien. Tout a été dit et fait en vain dans cette optique.

Si on cherche à s'enrichir les uns les autres, à rééquilibrer chaque tradition, alors le dialogue privilégiant l'écoute peut et doit se poursuivre.

On peut aussi se fixer comme but de dire ensemble nos convictions, de témoigner ensemble de l'Evangile dans un monde qui le connaît de moins en moins. Cela demande aussi bien des débats.

Commençons par examiner les domaines où nous pouvons nous enrichir les uns les autres.

Nous avons, nous protestants, encore à prendre des leçons de la mise en valeur catholique de l'universalité de l'Eglise. Certes avec, à notre point de vue, des exagérations, le caractère mondial de l'Eglise romaine, la fonction collégiale et coordinatrice des évêques, le sens de la transmission dans le temps peuvent mettre en question l'émiettement protestant, le caractère trop national voire local de nos Eglises, notre individualisme. Du côté catholique, la responsabilité locale et individuelle peut être un contrepoids utile à un système centralisé qui fonctionne, au moins théoriquement, souvent à coups d'interdits. L'exercice de l'autorité et de la responsabilité ne relève pas seulement de l'organisationnel, il est en rapport avec la façon de vivre la foi…. et mérite encore bien des débats, malgré le dernier document du Groupe des Dombes sur l'autorité.

L'horizon est bien différent si on cherche ce que l'on peut dire ensemble aux autres, en un mot, si l'on s'interroge sur le témoignage. Quand il s'agit de témoignage en actes par le travail social de solidarité, pas de problème, semble-t-il. Pas de difficultés si on se centre sur les affirmations chrétiennes centrales par exemple, tout particulièrement le message de Pâques, d'où découlent l'espérance, la foi et l'amour. Certes on pourra discuter sur le comment de la résurrection mais les débats ont lieu à l'intérieur de chacune de nos traditions.

De même l'expérience et la réflexion sur les types de lecture de l'Écriture (autorité centrale pour tous) se vivent dans chaque Église.

Là où les choses sont un peu plus difficiles, c'est quand on se demande ensemble ce qui est vraiment capital, central, indispensable dans les données de foi. Catholiques et protestants (du moins les protestants classiques) n'ont pas la même façon de délimiter ce noyau central et indispensable de la foi. On parle depuis peu dans l'Eglise catholique de " hiérarchie des vérités ", mais le catholicisme a tendance à englober dans ce qui est nécessaire à la foi de vastes domaines qui, pour les protestants, sont seconds ou secondaires. C'est le cas, entre autres, pour tout ce qui concerne l'Eglise, sa définition, ses sacrements….

Dans le dialogue œcuménique on peut assez facilement tomber d'accord sur des affirmations nécessaires de la foi…mais bien plus difficilement sur ce qui est suffisant ou indispensable pour croire pleinement ! Les catholiques reprochent aux protestants d'être insuffisants dans bien des domaines, par exemple sur l'Eglise, les ministères, l'eucharistie. Les protestants reprochent aux catholiques d'en faire, d'en exiger trop !

On le sent bien, il y a encore de quoi s'informer mutuellement, de quoi réfléchir de quoi dialoguer ! Oui, nous avons encore bien des choses à nous dire… pour pouvoir mieux dire ensemble le message de l'Évangile.

Olivier Pigeaud

 

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