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Sujet du mois de février 2007
La Bible comme objet culturel
Qu'on se rassure ! Je ne vais pas prétendre que votre Bible n'est
qu'un roman comme les autres, c'est même un livre pas du tout comme
les autres ! Toutefois, le Livre n'est-il pas aussi un livre ?
Ouvrir une bible est à la fois simple et compliqué. C'est simple car
vous avez un magnifique choix de traductions dans tous les genres,
parce que vous pouvez lire au milieu sans être obligé de lire le début,
parce que ce livre vous parle de la vie, de votre vie, de nous, de
Dieu aussi, mais dans des termes assez directs. C'est compliqué parce
que la vie que nous menons n'est pas celle d'il y a deux millénaires
ou plus. Ce qui nous sépare, outre le temps, c'est la culture.
Le
temps fait beaucoup à l'affaire !
Nous
vivons dans une monde peuplé d'objets (qu'ils soient communiquants
ou non est une autre dimension, mais d'abord ce sont des objets) qui
pour la plupart sont fabriqués, tandis que les habitants de la Palestine
aux temps bibliques n'en avaient guère plus d'un ou deux. Nous vivons
assez voire, très longtemps, et eux pouvaient s'estimer gâtés par
la vie s'ils atteignaient l'âge de 40 ans. Nous savons tous écrire,
eux ignoraient presque qu'il existât une technique (un art ?) appelée
écriture. Une telle différence qu'il faut bien appeler culturelle
aurait dû nous éloigner d'eux au point de nous empêcher de comprendre
leur(s) histoire(s) à moins d'être des historiens de l'Antiquité.
De fait, la Bible regorge d'anecdotes difficilement séparables du
contexte historique, de sous-entendus profondément liés aux événements
vécus par les peuples de l'Orient. En ouvrant la Bible, il faut avoir
à l'esprit cette " ambiance ", ne pas la négliger ni en faire l'alpha
et l'oméga de l'exégèse.
Car
le plus extraordinaire c'est que la Bible nous parle encore ! Qu'elle
nous donne à penser, qu'elle nous interroge sur notre façon de vivre
au-delà de la barrière culturelle est un signe manifeste de son caractère
inspiré.
Hébreu,
araméen, grec … de quoi y perdre son latin !
La
Bible fut écrite dans plusieurs langues, même en hébreu on y trouve
différents styles ; puis ce fut le grec mais évidemment pas le grec
de Platon, plutôt une langue internationale comme serait aujourd'hui
l'anglais de Nouvelle-Zélande, une langue simple mais assez imagée
afin d'être comprise du plus grand nombre. L'araméen n'est pas réellement
présent dans la Bible (sauf le livre de Daniel et dans les paroles
du Christ) mais c'est la langue du Talmud ; le latin n'y est pas non
plus mais la traduction dite Vulgate de Jérôme a marqué l'occident
pendant quinze siècles. Ces différentes langues ont toutes un pouvoir
expressif particulier mais aussi des limites qui " brident " la puissance
du texte originel, parfois l'infléchissent dans une direction qui
tient à la culture du moment.
La
Bible et nos bibles
Nous
lisons des bibles en français, chaque traduction a ses mérites et
ses défauts. Le choix est d'abord affaire de goût, d'habitude ou de
sentiments : quand l'un(e) s'attache à sa " Bible de mariage " ou
" de communion ", l'autre aime la TOB par son engagement œcuménique
et un(e) troisième se délecte dans la langue un peu surannée de la
Bible héritée d'un aïeul. La musicalité et le sens poétique d'une
certaine traduction ne valent pas l'exactitude philologique d'une
autre mais toutes renferment une large part de l'inspiration commune.
Finalement, il serait sage de considérer qu'il y a des bibles (les
traductions) et une seule Bible qui est fondamentalement la parole
de Dieu qui sous-tend le texte. À chacun de nous de savoir entendre
la Bible quand il lit sa bible ! Un Japonais et un Français ne lisent
vraiment pas la même bible parce qu'ils n'ont ni la même traduction
ni la même culture ; pourtant Dieu parle à chacun.
La
Bible, œuvre littéraire ?
Pour
entendre il faut apprendre : ainsi, il n'est nul besoin de longues
études pour lire Harry Potter en anglais, mais un minimum de vocabulaire
est indispensable pour y parvenir. Le texte biblique a ses propres
règles stylistiques, chaque livre ayant des tournures qui le distinguent
des autres. Le travail en cours dans les groupes Nicodème nous permet
de passer un peu de temps sur ces procédés littéraires qui charpentent
le texte et le rendent si " percutant ". En reconnaissant ces " trucs
" du rédacteur biblique nous ne dénaturons pas le message, bien au
contraire nous nous approchons de ce que l'auteur a voulu accomplir
pour nous : un message vivant et qui demeure efficace malgré l'outrage
des ans et parfois des traducteurs.
Robert
Cabane
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