Sujet du mois de février 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un Dieu d’amour malgré la violence ?  

Nombres 31:14-18 :
« Moïse se fâcha contre les chefs désignés pour mener les troupes, chefs de millier et chefs de centaine, qui revenaient de cette expédition. "Quoi ! leur dit-il, vous avez laissé la vie à toutes les femmes ! Pourtant ce sont bien elles qui, sur la parole de Balaam, ont incité les fils d'Israël à être infidèles au SEIGNEUR, à l'occasion de l'affaire de Péor, si bien qu'un fléau s'abattit sur la communauté du SEIGNEUR. Eh bien, maintenant, tuez tous les garçons et tuez toutes les femmes qui ont connu un homme dans l'étreinte conjugale. Mais toutes les fillettes qui n'ont pas connu l'étreinte conjugale, gardez-les en vie pour vous. »
Voilà un exemple, parmi tant d’autres, de ces textes bibliques qui nous laissent perplexes. Nous avons tendance à croire que le christianisme réprouve la violence sans ambiguïté, et nous attendons des textes bibliques qu’ils nous confortent dans cette conviction. La découverte des nombreux textes vétéro-testamentaires qui décrivent la violence des sociétés du Proche-Orient ancien et la rapportent parfois à un ordre divin, nous choque. Nous tentons de nous convaincre qu’il s’agit d’un temps où Dieu ne s’était pas encore révélé dans sa plénitude, et que l’incarnation nous permet de dépasser ces situations par l’affirmation de la personne du Christ, l’agneau de Dieu qui accepte de souffrir injustement plutôt que de rendre les coups. Nous sommes alors stupéfiés de découvrir cette violence jusque dans le Nouveau Testament, notamment dans l’Apocalypse et les textes apparentés (comme Mt 23 et 24), où les auteurs dépeignent les manifestations de la colère de Dieu contre le monde pécheur.
Cette image du Dieu des Batailles de l’Ancien Testament ou du Dieu Juge de l’Apocalypse paraît fort éloignée de celle du Dieu d’amour que nous prêchons. Comment donc parler de l’amour de Dieu à partir de la Bible ?
Avant d’aller plus loin, arrêtons-nous sur notre rapport au texte biblique. La Bible n’est pas la parole de Dieu, si nous entendons par là que chacun de ces mots aurait été prononcé par Dieu même, avec tout ce que cela implique. Mais elle est le lieu privilégié où Dieu nous adresse une parole. Et cette parole, nous ne la recevons que dans la mesure où nous acceptons de rencontrer celui qui nous l’adresse, où nous le laissons pénétrer la trame de notre existence. Pas de Parole sans rencontre, la lettre n’est rien sans l’Esprit.
Cela signifie que les textes que nous lisons ne sont pas automatiquement porteurs d’une vérité qui nous transcende. La plupart du temps, ils ne sont que le témoignage d’hommes qui ont cherché Dieu, et qui l’ont parfois trouvé à travers les modalités d’une existence très différente de la nôtre. Il nous faut donc appréhender la relativité de leur point de vue, même si Dieu se sert aussi de ces textes pour nous interpeller dans la subjectivité de notre propre existence. Ainsi, si Dieu était le Dieu des Batailles pour Josué ou pour Élie, il ne l’est pas forcément pour moi, en tout cas pas dans le même sens.
La perception de Dieu est-elle alors seulement subjective ? Comprendre Dieu comme Amour, est-ce réductible à une lecture orientée par notre culture ? Je ne le crois pas. Certains textes de notre Bible revêtent, pour le chrétien, un caractère central. Le texte n’existe que dans la mesure où il a été reçu au cours des siècles par des générations de lecteurs. Or, nous, et nos ancêtres avant nous, avons privilégié certains textes sur d’autres, tant pour des raisons exégétiques ou philosophico-théologiques qu’existentielles. Il est parfaitement légitime de privilégier « Dieu est amour » sur d’autres textes bibliques, car nous reconnaissons là un texte-clé porteur d’une affirmation fondamentale sur l’essence même de Dieu. En outre, c’est bien ce Dieu d’amour que je rencontre dans mon existence, qui me parle et donne sens à ma vie, et non un dieu vengeur et sanguinaire, que je pourrais légitimement construire en privilégiant d’autres textes.
Il faut cependant se garder de croire que cette perception de Dieu constitue la norme ultime, et qu’elle m’autoriserait à regarder avec condescendance ceux qui prient un Dieu justicier. Dans certaines circonstances, il peut être difficile de se contenter de l’image du bon Dieu un peu mièvre que nous construisons parfois. Quand l’injustice et la haine paraissent triompher, il est important pour les opprimés de savoir qu’il existe une justice divine, et que le crime ne restera pas éternellement impuni. Or, les textes qui nous choquent ont pour la plupart été rédigés dans un tel contexte. L’espérance d’un jugement, l’espoir que Dieu ne reste pas indifférent au scandale de l’injustice, peuvent nous aider à remettre notre désir de vengeance à celui qui proclame : « à moi la vengeance, à moi la rétribution ». D’aucuns objecteront qu’il est préférable d’aimer Dieu sans intérêt, sans autre raison que le désir de répondre à son amour. Certes. Mais tant que nous restons de faibles êtres humains, pouvons-nous renoncer totalement à ces consolations, et surtout, les refuser aux autres ?

Pasteur Frank Bourgeois

 

 

 

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