Sujet du mois de juin 2006

 

Le Saint Esprit une rencontre du 3e Type


Comme j'aurais aimé me trouver à Jérusalem, le jour de la Pentecôte !

Avec un intérêt, je l'avoue, mêlé d'une certaine curiosité. Avec un esprit d'ouverture mais aussi un brin de scepticisme.

 

Ce bruit, ce vent. Ces analphabètes qui parlent soudain toutes les langues (xénoglossie) de la Méditerranée, d’'autres inspirés parlant les langues des anges (glossolalie).

Avouons-le ; Le Saint Esprit est bien le parent pauvre de la Trinité, il est comme un enfant terrible, insaisissable, il nous fait peur et pourtant...

Beaucoup en parlent comme une force vive, invisible, quelques-uns uns le sollicitent, d'autres y voient une rencontre du 3e type. Alors qu'en penser !

 

Pour un juif il n'y a pas un esprit, une âme, un corps qui vivrait séparément, il y a un ensemble. Quand les textes affirment que le souffle de Dieu est sur ou en l'homme ils donnent à cette affirmation un caractère existentiel.

L'originalité de cet esprit est le fait qu'il atteint l'homme personnellement, directement et cependant il reste à distance du monde, nous dirions aujourd'hui qu'il reste transcendant.

D'ailleurs c'est le même mot hébreu (ruah) qui est traduit selon les cas de ses 309 emplois par respiration, vent ou esprit ; et il peut s'appliquer à la nature, à l'animal, à l'homme, à Dieu. Y-a-t-il confusion de langage ?

Le mot Esprit peut être aussi pris dans un sens plus étroit, il ne s'agit plus de l'Esprit de l'homme lié à celui de Dieu, mais plus de la faculté humaine qui touche la sensibilité, l'intelligence et le jugement. Chacun d'entre nous connaît l'expression « avoir mauvais esprit ».

 

Le St Esprit serait-il une sorte de vapeur invisible, qui flotterait quelque part entre ciel et terre. ?

Dans une problématique chrétienne le risque est de toujours dissocier l'esprit des autres parties dites de la Trinité. De lui donner un statut indépendant de le faire fonctionner en autarcie. Si c'est le cas on peut s'exposer à de multiples risques :

D'abord de confondre notre esprit, notre intelligence qui est une composante de notre structure psychique avec le Saint Esprit. Nous prenons les petites voix intérieures, comme venant de Dieu. Dieu m'a dit, on fait alors les questions et les réponses.

 

On peut prendre aussi le risque de l'illuminisme, de faire vivre l'Esprit sans référence au Christ ou à l'Ecriture, ou rechercher à tout prix des expériences avec le Saint Esprit. Nous sommes tous enclin a faire de la charismanie, c'est tellement agréable.

N' oublions pas également que nous ne sommes pas les seuls à revendiquer l'Esprit qu'il soit saint ou pas ; d'autres religions ou philosophes y font largement référence.

 

On peut avoir également une spiritualité sans Dieu, une conception laïque de la notion de spirituel, qui est une forme d'enchantement de soi-même, qui est un voyage intérieur, une quête de sens qui nous pousse à et vers. C'est vrai que jusqu'au 19ème siècle, la spiritualité s'est exprimée dans le giron du christianisme officiel. Le risque de la confusion des genres était moindre. Aujourd'hui la spiritualité a pris son indépendance, elle vient même interpeller le croire en Dieu comme instance de régulation d'une valeur et d'une vie. L'un n'est pas l'ennemi de l'autre : chacun à sa manière exprime l'humanité de l'homme. Bien plus, elle assume ce mieux vivre tant recherché. Pourquoi ne pas postuler pour une spiritualité avec Dieu sur des fondements réformés. Je pense qu'il y a un possible.

 

Plus près de nous, dans le monde de la santé, on parle de besoins spirituels dans le sens où le définit Saunders : « L'endroit le plus secret de la personne » c'est la cohérence de sa vie, la découverte de son fil d'Ariane que l'on peut appeler destin, qui suis-je ? C'est le lieu où l'homme dit les désirs de son coeur, exprime des valeurs comme le courage, la fraternité, le sens du beau, les réalités ontologiques.

Devant la multiplicité des propositions nous serions tentés de faire des choix multiples et de tomber dans un polythéisme.

 

Alors au fil des lignes certains d'entre vous se disent ou allons-nous, on ne sait plus à quels saints se vouer !

Quelles que soient nos conceptions ou nos réalités il n'en demeure pas moins que l'Esprit est dans l'homme, il est latent, qu'il soit comme une petite flamme intérieure dont nous n'avons pas conscience ou une instance extérieure qui vient faire sa demeure en nous (comme le suggère l' évangéliste Jean). Il est force et mouvement. D'ailleurs l'Esprit ne parle jamais de lui-même, il est à la fois Sujet (parce qu'il nous permet de nous identifier à Dieu) et Objet parce qu'il fonctionne comme une personne.

L'Esprit s'accueille, se sollicite, il faut l'inviter comme on invite un ami. « Viens chez moi, nous avons des choses à nous dire ».

 

Pour éviter les non dit ou tout excès de dérapage restons très Christocentrique avec un esprit d'ouverture vers une réception de l'Esprit. Car là où est l'Esprit, là est la liberté.

 

Pasteur Yves Chambaud

Aumônier CHU de Bordeaux

 

Archives