Sujet du mois de juin 2007

 

Quand la prédication est un conte biblique :

un morceau de choix

" Qu'est-ce que tu racontes ? " disent les jeunes quand ils mettent une parole en doute. Le conte n'a pas la véracité à son actif. Personnellement, j'aime bien quand on me raconte des histoires, mais je sais que d'autres trouvent ceci difficile d'accès. Partager le message de Jésus Christ à travers un conte biblique reste pour moi une joie. A la place de la prédication, il me semble que c'est possible mais exigeant. Car ceci change profondément la donne. Pour cela : faisons-le avec soin, à des occasions choisies, avec plaisir.

Première figure : La mêlée des sens

La prédication dominicale a pour habitude de rester un peu à distance, au moins dans nos communautés réformées. A partir d'un regard approfondi sur le texte biblique, elle développe :

  • des clés de lecture pour la compréhension du texte,
  • une idée force pour notre temps,
  • un message pour ceux qui écoutent.

Dans le conte, c'est tout autre. Suivre du regard David qui trouve son ennemi dormir - à portée de main ; imaginer les raisins verts et âpres s'attaquer aux dents des ancêtres ; sentir le roussi quand Eli fait tomber le feu du ciel sur son offrande... Quand nous racontons, nous impliquons les sens et les émotions de façon concrète. Le conte biblique diminue ainsi la distance émotionnelle, même s'il garde une relation précise avec le texte biblique... parfois plus étroite que dans une prédication.

Deuxième figure : L'écoute partagée

Vous qui connaissez " Le bon samaritain " par cœur. Dès que le lecteur commence à lire, vous risquez de débrancher... Ou vous vous rappelez de votre Ecole Biblique... Ou... mais le récit a grand mal à passer dans votre aujourd'hui concret. Mais votre voisin qui vient ce jour pour la première fois au culte, n'y comprend rien du tout à ce récit qui vous semble limpide : les samaritains, les lévites, Jérusalem et Jéricho... Il lui manque tous les codes culturels dont dispose sa voisine de banc pour comprendre le récit. Ecouter le même conte biblique mettra les deux au même niveau : une des raisons pour lesquelles nous racontons, est de revenir au texte biblique... Ils pourront faire un chemin de découverte à égalité. L'avantage de la fraîcheur jouera en leur faveur.

Troisième figure : Sur un pied d'égalité

Un conte biblique n'est pas gênant quand des enfants sont présents, même s'il reste un conte pour adultes. En profondeur, il est construit à partir de textes qui s'adressent aux adultes. Son message reste celui du texte biblique sous-jacent. Il n'y a pas de message " allégé ", " édulcoré " possible pour des enfants ou pour les âmes sensibles. Mais le plaisir de plonger dans un récit peut constituer un fond de compréhension commun. Les différents âges et expériences attacheront leur attention à des moments et des acteurs différents. Plusieurs regards dans un même conte permettent d'ouvrir des horizons différenciés : les chiens voient le dessous de la table là où les grandes personnes parlent au-dessus. Les petites jambes ressentent la longueur du chemin là où les impatients enjambent les barrières. Mais ils entrent tous dans le même récit.

La liberté , une exigence

Même si le conte biblique possède une chute, il agace certains auditeurs : Le message n'est pas explicite. Il exige du cheminement individuel. Ce n'est qu'à Hollywood où le sens de l'histoire est univoque. Dans le conte biblique, il appartient à la liberté de l'auditeur de se forger une conviction de ce qu'il compte tirer du récit. C'est là une des grandes différences avec les histoires pieuses, dans le style du 19ème siècle, qui explicitent leur morale à la fin. On ne peut pas se tromper. Une bonne histoire garde toujours une certaine ouverture, une tension palpable. Liberté exigeante pour un auditeur de se laisser toucher et de formuler lui-même son maître mot.

Angelika Kruse

 

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