Dans la pensée des auteurs bibliques, bien, richesse, argent, sont fortement liés à Dieu. Ainsi nos avoirs sont avant tout les signes de la bénédiction de Dieu, de sa libre grâce. Ils témoignent de la fidélité de Dieu à l’égard de tout homme. Il est difficile de dissocier l’acte de donner de la chose donnée. Toute l’histoire d’Israël témoigne de ce souci : l’homme a l’usufruit de la création, il n’en est pas le propriétaire, au sens plein de ce mot. Le but du don est de redonner à Dieu ce qu’il nous a donné. Faut-il encore en prendre conscience ? Ce n’est plus un avoir ou du donnant-donnant, mais un signe de reconnaissance. On peut tout à fait comprendre que l’offrande soit entrée dans nos liturgies, au même titre que les autres invocations.
Sans doute faut-il rapporter cette constatation, au type de civilisation, et au mode d’existence de l’époque. Cette explication n’est pas suffisante. En tout cas, l’accumulation, la mauvaise utilisation de l’argent et des biens, ont toujours fait l’objet d’une réprobation, spécialement de la part des prophètes. On ne peut monnayer l’Amour de Dieu, ni donner en fonction de son degré de sympathie à l’égard du corps pastoral ou des positions éthiques de son Eglise ou du service rendu.
Le Nouveau Testament, qui souligne, moins fortement que l’AT l’idée que les biens terrestres sont le signe de la bénédiction de Dieu, nous invite à discerner entre la possession des biens et l’amour fraternel, entre l’utile et l’indispensable. Il me semble que Dieu n’est pas contre la richesse mais peut être contre la pauvreté. Nous rentrons là dans l’équité, le soutien, c’est bien cela qu’a vécu la première communauté de Jérusalem. Il n’est pas opportun de faire l’apologie de la pauvreté ou de condamner la richesse. On remarquera toutefois que les bénédictions terrestres ne constituent pas un signe absolu et non équivoque de la grâce de Dieu. Gardons nous du « Dieu bénit mes affaires. », ou « Je donnerai… si... » ! Dieu n’est ni à vendre, ni à acheter. Très justement les récits bibliques redoutent que l’argent s’intercale entre l’homme et son prochain, et ne détériore leurs relations.
La libération de l’homme ne se fait pas à prix d’argent. Le don est l’outil, le moyen qui nous est offert à la fois pour remercier Dieu, ainsi que pour manifester concrètement l’une des vertus théologales qu’est l’Amour. J’ai encore en mémoire, les listes des dons individuels sur nos journaux paroissiaux : don en remerciement de….
Bien sur, l’Ecriture a codifié et quantifié le don de 10 % de nos revenus (qui n’est pas un impôt ecclésiastique), même si cela est déductible de nos impôts !
Bien sur, que des théologiens ont dit « la grâce est gratuite mais elle a un coût. »
Nos considérations d’églises, nos stratégies, ne sauraient nous faire oublier le bien-fondé et la finalité de nos actions, l’annonce de l’Evangile, comme un don pour chacun d’entre nous.
Donnons le dernier mot à K. Gibran (1883-1931) prêtre maronite :« Il en est qui donnent avec joie, et cette joie est leur récompense. Il en est qui donnent avec douleur, et cette douleur est leur baptême. Il est bien de donner lorsqu’on est sollicité, mais il est mieux de donner par compréhension. Vous dites souvent : « je donnerai, mais seulement à ceux qui le méritent. » Voyez d’abord à mériter vous-mêmes d’être donneur et instrument du don. Vous imaginez être donneurs, vous n’êtes en réalité que témoins. »
(Extrait du livre « le prophète » chez Casterman sur le don p 21)