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Sujet du mois de novembre 2006
La famille ? Chacun sa place
Dans
nos cabinets de thérapeutes familiaux, nous rencontrons des familles
qui souffrent.
C'est
à partir des difficultés qu'elles traversent que nous pouvons repérer
quelques questionnements sur l'évolution sociale à l'intention de
toutes les familles.
Une
famille est un système, dans lequel chacun des éléments joue sa partie.
Lorsque le système dysfonctionne, un des éléments ne va pas bien,
et devient symptôme de la perturbation du système familial. Pour que
ce système soit sain, il est nécessaire que les notions de hiérarchie,
de fonctions et de frontières soient clairement posées. Ce sont ces
trois constituants du système que nous proposons de présenter très
succinctement ce qui permettra au lecteur d'observer et s'interroger
sur sa propre famille. L'important étant d'abord, à nos yeux, que
dans toute famille, quel que soient son fonctionnement ou son dysfonctionnement,
la parole circule.
* Vous connaissez ces publicités de produits d'esthétique exposant
une mère et sa fille ensemble, à peine différenciables. Le système
familial a besoin pour fonctionner d'avoir des repères clairs sur
les hiérarchies transgénérationnelles. Chaque famille composera cet
aspect à sa façon : le père peut faire du sport avec son fils, la
mère peut échanger ses sous-vêtements avec sa fille, la mamie se faire
appeler par son prénom. Pourquoi pas ? Tant qu'il reste inscrit et
nommé que les grands parents, les parents et les enfants ne sont pas
à la même place hiérarchique dans la famille, c'est à dire que chacun
a une place, des prérogatives, et des fonctions distinctes dans le
système familial.
*
Les fonctions familiales sont importantes à préciser car elles permettent
de repérer qui fait quoi pour qui. Ce que nous observons par exemple
c'est que des enfants vont assurer une fonction parentale. De façon
complémentaire, des parents vont se mettre dans une posture d'enfant.
A la confusion hiérarchique va se rajouter une confusion des fonctions,
souvent de façon discrète : l'enfant va se charger de surveiller son
père, de veiller à ce que sa mère s'occupe correctement du repas,
ou du dernier-né, provoquant souvent l'émerveillement des parents
du côté responsable de leur enfant. Mais au risque que l'enfant perde
en partie sa place d'enfant.
*
Beaucoup de familles ont des frontières floues au sein de leur système.
Cela est particulièrement évident au sein des familles incestueuses.
Comment l'intimité est respectée, comment la vie amoureuse de l'adolescent,
le cahier des secrets de la jeune fille ou la vie conjugale du couple
parental sont respectés ou totalement mis à découvert ? Travailler
sur les frontières, c'est repérer les territoires (géographiques,
financiers, psychiques...) individuels où chaque élément du système
familial peut exister.
Un
dernier point pour conclure. Nous devons sortir des modèles bourgeois
d'une famille composée d'un père d'une mère et d'enfants. La réalité
est tout autre. Elle révèle qu'autour de l'enfant existent d'autres
adultes, sur la même ligne hiérarchique, qui vont assurer une fonction
parentale notoire pour l'enfant. On parle alors de pluri-parentalité
ou de co-parentalité, incluant dans l'environnement de l'enfant la
présence d'un beau-père ou d'une belle-mère, de grands-parents, voire
de membres adultes, extérieurs à la famille biologique, ou d'un couple
homosexuel, assurant eux-mêmes une fonction parentale à une place
hiérarchique claire. La complexité n'est pas un problème si elle est
nommée et clarifiée pour tous les membres du système.
Jean-Paul
et Anne SAUZEDE-LAGARDE. Psychothérapeutes
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